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Où commence la maltraitance infantile?

30 Avr 2020

Définition de la maltraitance

L’Organisation Mondiale de la Santé propose la définition suivante

« L’abus ou la maltraitance à enfant consiste dans toutes les formes de mauvais traitement physique, émotionnel ou sexuel, la négligence ou le traitement négligent, ou les formes d’exploitation, dont commerciales, résultant en un mal effectif ou potentiel à la santé de l’enfant, à sa survie, à son développement ou sa dignité dans le contexte d’une relation de responsabilité, confiance ou pouvoir. »

Plus simplement, la maltraitance infantile désigne toute violence présentant des conséquences graves sur le développement physique, psychique et psychologique de l’enfant.

La maltraitance peut intervenir aussi bien dans l’univers familial de l’enfant que dans son entourage social plus large (école, quartier, réseau amical ou internet…).

Violences et négligences lourdes

La violence à l’encontre des enfants peut prendre des formes très diverses. Souvent, un enfant maltraité subit différents types de violence simultanément. 

On peut distinguer les mauvais traitements par commission (à travers des comportements, des actes volontaires et « commis ») et les mauvais traitements par omission (à travers des actes et comportements inexistants, manquants) :

  • Mauvais traitement par commission
    Actes ou comportements qui causent un dommage avéré, un dommage potentiel ou une menace de dommage. On peut alors parler de « violences ».    
  • Mauvais traitement par omission 
    Echec à répondre aux besoins physiques, affectifs, psychologiques ou éducatifs de base de l’enfant, ou à le protéger d’un danger. On peut alors parler de « négligences lourdes ».

Les violences

On distingue 3 catégories principales de violences :

  • Les violences physiques  
    Tout usage délibéré et non accidentel de la force contre un enfant, de telle manière que l’enfant soit blessé ou risque de l’être : frapper (à la main ou avec un objet), battre, donner des coups de pied, de poing, mordre, brûler, empoisonner, faire suffoquer, étrangler, secouer, jeter, noyer, fabriquer des symptômes, induire délibérément une maladie… 
  • Violences psychologiques 
    Actes en général répétitifs comprenant les menaces verbales, l’isolement social, l’intimidation ou le fait d’imposer couramment à l’enfant des exigences déraisonnables (par rapport à son âge, son niveau de développement…), de le terroriser, de l’exploiter (travail, mendicité…), de l’exposer au danger, à la violence (par exemple commise par un parent sur l’autre parent ou sur un autre enfant)…
    L’abus émotionnel est impliqué dans toutes les autres formes de violences, même s’il peut arriver seul. 
  • Violences sexuelles 
    Utilisation du corps d’un enfant à des fins sexuelles. L’abus sexuel comprend le fait de forcer ou inciter un enfant à prendre part à des activités sexuelles, y compris la prostitution, que l’enfant ait conscience ou non de ce qui arrive. Ces activités peuvent comprendre un contact, pénétratif ou non. Elles peuvent inclure des activités sans contact, comme le fait d’amener les enfants à regarder des activités sexuelles ou à regarder/produire des images sexuelles, ou à encourager les enfants à avoir des comportements sexuels inadaptés. 

Les négligences lourdes

La négligence lourde, souvent chronique, implique des incidents répétitifs qui touchent au développement, à la santé et au bien-être de l’enfant. Il s’agit d’un échec persistant à répondre aux besoins physiques et/ou psychologiques de l’enfant, tels que :

  • lui procurer de la nourriture, des vêtements adéquats et un abri 
  • protéger l’enfant d’un mal physique, émotionnel ou d’un danger
  • lui assurer l’accès à des soins médicaux ou à un traitement

La négligence peut consister en un manque de réponses aux besoins affectifs et émotionnels de l’enfant. 

Les séquelles de la maltraitance infantile

Au-delà du décès, qui reste la conséquence la plus lourde de la maltraitance, on peut schématiquement distinguer deux grandes catégories de conséquences de la maltraitance : les atteintes à la santé physique et les atteintes à la santé mentale. La limite entre ces deux catégories est en fait très difficile à établir, et elles sont étroitement liées. Elles ont, à leur tour, des conséquences « en cascade » sur la vie de l’enfant puis du jeune adulte (vie sociale, affective, scolaire, comportement vis-à-vis de la loi…).

  • Décès : l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime à 155 000 le nombre d’enfants de moins 16 ans, qui décèdent chaque année dans le monde des suites de maltraitances et de négligences. Une large partie des décès n’étant probablement pas déclarée, du fait d’absence d’enquêtes et d’analyses post-mortem, ce chiffre est sous-évalué. 
  • Atteintes à la santé physique : les violences exercées contre un enfant peuvent avoir un impact direct sur sa santé physique : il s’agit en général de traumatismes physiques (lésions, fractures, etc.), qui peuvent entraîner un handicap / une incapacité. Ce cas de figure peut concerner des membres (bras, jambes), des fonctions vitales (lésions des organes), mais aussi les fonctions cérébrales. Dans ce cas, les atteintes physiques entraînent des atteintes mentales (syndrome du bébé secoué par exemple). L’atteinte à la santé physique peut également être indirecte : les négligences en matière de soins peuvent entraîner une dégradation de l’état physique (malnutrition, carences, maladies chroniques ou aigües non traitées…).
  • Atteintes à la santé mentale : la relation sécurisante qui se crée entre un enfant et la/les personnes qui s’occupent de lui est le socle sur lequel l’enfant construit son image du monde ainsi que sa propre identité et sa capacité à interagir avec les autres. Lorsque la ou les personnes qui sont censées apporter à un enfant sécurité, soin et éducation, se trouve(nt) être en réalité source de danger et d’angoisse, l’enfant ne peut donc se développer correctement. Les mauvais traitements affectent l’image de soi de l’enfant, son aptitude à faire confiance et à entrer dans la vie sociale. Lorsque la maltraitance intervient très tôt dans les stades de développement de l’enfant et se manifeste de façon régulière, elle peut causer des dommages irréversibles et mettre en cause sa capacité à vivre de façon autonome.

Des conséquences sur la vie de l’enfant

  • Problèmes de développement et d’apprentissage : la corrélation entre la maltraitance et un niveau scolaire plus faible que la moyenne a été établie à de nombreuses reprises. La maltraitance peut avoir un impact lourd dans des domaines essentiels pour l’apprentissage tels que la parole et le langage.
  • Santé mentale et problèmes comportementaux : comportements intériorisés (retrait, tristesse, isolement, dépression, tentatives de suicides, désordres alimentaires, dépendances à la drogue et à l’alcool) et troubles actifs du comportement (hyperactivité, agressivité, violence envers autrui, activité criminelle…).
  • Situations sociales précaires : les enfants ayant subi maltraitances psychologiques, physiques et négligences sont plus susceptibles que les autres de connaitre à l’adolescence des situations sociales précaires. Pour les filles, la probabilité des grossesses précoces est nettement augmentée par rapport à la population générale, de même que les taux d’infections par MST. Pour l’ensemble, les risques de chômage et de problèmes de logement sont également plus élevés et compromettent l’insertion sociale à long terme. 
  • Etat physique général dégradé : une corrélation existerait entre les mauvais traitements durant l’enfance et un état de santé physique dégradé à l’adolescence (étude longitudinale menée aux Etats-Unis par Flaherty et al. 2006, 2009). Selon cette étude (qui prend en compte l’ensemble des violences, et pas seulement les violences physiques), plus un enfant a connu d’épisodes de maltraitance plus son état de santé est susceptible d’être altéré à son adolescence. 

Les facteurs aggravants

Les facteurs liés aux conditions dans lesquelles survient la maltraitance :

  • L’âge de la victime : plus la maltraitance infantile est précoce et plus elle intervient tôt dans le processus de développement, empêchant le bon déroulement d’étapes fondamentales (schéma corporel, image de soi, structuration du langage…). Ces étapes ne pouvant être « rattrapées » par la suite, les dommages causés peuvent être irréversibles.
  • La durée et la fréquence : plus les mauvais traitements sont infligés avec régularité et sur une durée longue, plus l’impact sur la vie et le développement de l’enfant est lourd. 
  • Relation de l’agresseur à l’agressé : plus proche est l’agresseur (parent ou autre personne issue du milieu familial notamment) plus le vécu est traumatique et impactant.

QUE FAIRE FACE À UNE SITUATION DE MALTRAITANCE INFANTILE ?

Les signaux d’alerte

Identifier les signaux qui permettent de repérer un cas de maltraitance n’est pas chose facile. Tous les signes décrits ci-après peuvent avoir une autre explication ponctuelle que celle de la maltraitance : accident, problèmes familiaux autres, difficultés scolaires, maladie physique ou psychique…

Type d’agressionsSignes perceptiblesSignaux d’appel et comportements possibles
VIOLENCES PHYSIQUES– Bleus
– Traces de coups inexpliquées
– Brûlures
– Griffures
– Morsures
– Arrachement des cheveux
– Fractures inexpliquées
– Lacérations
– Extrême maigreur
– Méfiance vis-à-vis d’un adulte
– Passivité, inhibition ou agressivité, instabilité
– Crainte de rentrer chez soi
– Angoisses
– Tristesse permanente
– Explications suspectes
– Absentéisme inexpliqué
NÉGLIGENCES LOURDES / ABSENCES DE SOINS– Troubles du comportement vis-à-vis de la nourriture
– Faim continuelle 
– Hygiène défectueuse
– Vêtements inadéquats
– Soins médicaux non effectués
– Retard(s) de développement
– Carences éducatives
– Absence de surveillances (enfants laissés seuls)

– Somnolence
– Difficultés à soutenir son attention
– Vol de nourriture
– Présence régulière dans la rue
– Fatigue permanente
– Tristesse permanente
– Chute des résultats scolaires ou non scolarisation
– Conduite anormalement infantile
VIOLENCES SEXUELLESParoles, dessins, comportements révélant ou faisant suspecter :
– Des atteintes sexuelles
– Une agression sexuelle (viol)
– L’accès à des documents pornographiques
– Une exploitation pornographique ou pédophile
– Difficulté de la marche ou de la station assise
– Douleurs, démangeaisons ou plaies des régions génitales
– Discours à connotation sexuelle
– Inhibition
– Relations médiocres avec ces camarades
– Mutisme
– Difficultés d’attention
– Ennui
– Auto-accusation

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